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Ce que les vacances révèlent sur votre façon de diriger

Par Catherine Callendreau


Vous êtes en vacances. Ou vous essayez de l’être.

Parce qu’il y a les vacances que l’on prend, celles que l’on subit et celles que l’on vit vraiment. Pour beaucoup de dirigeants, les deux ne se ressemblent pas. On pose le téléphone, mais on garde l’œil dessus. On part, mais on reste mentalement au bureau. On profite…à moitié.

Ce n’est pas un manque de volonté. C’est un révélateur. Et ce qu’il révèle mérite d’être regardé en face.

Ce que vous observez quand vous vous arrêtez

Les vacances font quelque chose de particulier : elles suppriment le flux. Plus de réunions, plus d’urgences, plus de décisions à enchaîner. Et dans ce silence, ce qui remonte à la surface n’est pas toujours agréable.

Certains ressentent l’inquiétude : est-ce que ça tourne bien sans moi ? D’autres font face au vide : sans leur rôle, qui sont-ils ? D’autres encore découvrent enfin la fatigue accumulée — celle qu’ils n’avaient pas eu le temps de sentir.

Chacune de ces réactions dit quelque chose sur votre façon de fonctionner. Pas sur votre valeur. Sur votre fonctionnement.

L’incapacité à décrocher n’est pas de la passion

On aime se raconter que si l’on pense encore au travail sur la plage, c’est parce qu’on est passionné. C’est parfois vrai. Mais souvent, c’est autre chose.

C’est la difficulté à faire confiance à ses équipes, à ses process, à ce qu’on a mis en place. Il y a aussi le besoin de contrôle qui ne s’éteint pas, même quand la situation ne l’exige pas. Et souvent, la peur diffuse que quelque chose s’effondre si l’on regarde ailleurs.

En réalité, ces mécanismes ne sont pas des défauts. Ce sont des automatismes construits au fil des années qui ont souvent utiles dans certains contextes, mais épuisants quand ils s’appliquent même là où ils ne sont pas nécessaires.

Ce que le rapport aux vacances dit de votre rapport au pouvoir

Car oui, la façon dont un dirigeant vit ses vacances reflète souvent sa relation à son rôle. Ceux qui ne décrochent jamais sont souvent ceux dont l’identité est entièrement absorbée par leur fonction. Retirer la fonction, c’est retirer quelque chose d’essentiel — alors on ne retire pas vraiment.

À l’inverse, les dirigeants qui parviennent à décrocher ont en général une chose en commun : ils savent qui ils sont en dehors de ce qu’ils font. Leur légitimité ne dépend pas de leur présence permanente. Ils ont confiance dans ce qu’ils ont construit — et dans les personnes à qui ils l’ont confié.

Ce n’est pas une question d’organisation. C’est une question d’alignement intérieur.

Août comme espace de recul

Le calme relatif d’août offre quelque chose de rare : du temps pour observer plutôt qu’agir. C’est une opportunité que peu de dirigeants saisissent vraiment — parce qu’on ne sait pas toujours quoi faire de ce temps-là.

Voici quelques questions à se poser pendant ces semaines :

Quand je pense à la rentrée, qu’est-ce que je redoute ? Qu’est-ce que j’anticipe avec plaisir ? Qu’est-ce que j’aurais voulu faire différemment cette année, et pourquoi je ne l’ai pas fait ? Est-ce que je me reconnais dans la façon dont je dirige, ou est-ce que quelque chose sonne faux ?

Ces questions ne demandent pas de réponses immédiates. Elles demandent du temps, exactement celui qu’août peut donner.

Ceux qui décrochent vraiment décident mieux en septembre

Ce n’est pas une intuition. C’est ce que j’observe régulièrement dans mon accompagnement de dirigeants.

Ceux qui reviennent de vacances vraiment reposés, pas seulement physiquement, mais mentalement, ont une qualité de présence différente. Ils sont plus à l’écoute et savent prendre plus de recul dans leurs arbitrages. Ils ne réagissent pas à chaud sur des sujets qui auraient déclenché une réponse immédiate en juin.

Non, ce n’est pas la magie du soleil. C’est le résultat d’un cerveau qui a eu le droit de se déconnecter du mode réaction pour retrouver son mode réflexion. Et ce mode-là, c’est celui depuis lequel on prend les meilleures décisions.

Ce que vous pouvez faire de cet été

Si vous avez du mal à décrocher, ne vous jugez pas. Observez. Notez ce qui remonte, ce qui résiste, ce qui vous manque ou ce qui vous pèse.

Ce matériau : ces observations sur vous-même en dehors de votre rôle est précieux. C’est souvent de là que partent les travaux les plus utiles : pas d’une crise, mais d’un moment de clarté sur ce qui ne va pas tout à fait.

La rentrée peut être un simple recommencement. Ou elle peut être un vrai point de départ.


Vous revenez de vacances avec des questions sur votre façon de diriger ? C’est exactement le bon moment pour en parler.